En juillet 2010, la Builders Association of India a informé la Competition Commission of India (CCI) que les plus grands producteurs de ciment du pays s'entendaient pour limiter la production et soutenir les prix. Le service d'enquête de la CCI a rapporté en décembre 2011 avoir constaté une « fixation concertée des prix » étayée par des « preuves orales et circonstancielles » — une « rencontre des esprits et des activités coordonnées » — et que la Cement Manufacturers' Association (CMA) elle-même « offrait une plateforme de coordination entre les cimentiers ».
En juin 2012, la CCI a jugé 11 producteurs en infraction à la loi sur la concurrence — dont UltraTech, ACC, Ambuja, Jaiprakash et India Cements — ainsi que la CMA. L'amende, de 6 316,59 crore ₹, était fixée à 50 % du bénéfice net moyen des entreprises pour 2009-10 et 2010-11, plus 10 % des recettes de la CMA sur deux ans, et constituait la plus lourde sanction jamais infligée par la commission. Le directeur d'UltraTech a qualifié la conclusion de sans fondement ; l'association des constructeurs a jugé le montant « absolument insuffisant ».
En juin 2013, le tribunal d'appel a suspendu l'amende à condition que les entreprises déposent 10 % — environ 630 crore ₹ au total, dont 132,4 crore ₹ pour Jaiprakash. Puis, le 11 décembre 2015, il a entièrement annulé la sanction — non pas parce que les preuves de l'entente faisaient défaut, mais parce que le président de la CCI avait manqué les plaidoiries finales des 21-23 février 2012 tout en siégeant néanmoins dans la formation de jugement. Cela violait la justice naturelle, a estimé le tribunal : nouvelle instruction dans les trois mois, dépôts restitués.
Le secteur n'a pas pu se défaire de l'affaire pour autant. En juillet 2018, le National Company Law Appellate Tribunal a rejeté les recours restants des entreprises et confirmé le montant de la sanction, la qualifiant de « simple minimum » autorisé par la loi ; Ambuja, UltraTech, Ramco et JK Cement ont annoncé qu'ils porteraient le combat devant la Cour suprême.
6 316,59 crore ₹ — la plus lourde amende antitrust jamais infligée en Inde — suspendue en 2013 et annulée en 2015 pour un vice d'audience ; restitution ordonnée de 630 crore ₹ de dépôts
La coordination passait par la CMA, une organisation sectorielle que les entreprises finançaient et dotaient elles-mêmes en personnel — le forum, les procès-verbaux et le comportement tarifaire concordant étaient tous réunis en un seul endroit.
La restriction de la production dans un cycle de construction à court d'approvisionnement était collectivement rentable, si bien que chaque grand producteur avait un intérêt permanent à maintenir l'arrangement pendant des années.
La CCI a constitué son dossier avec soin, mais sa procédure d'audience a laissé un président voter sur un verdict dont il n'avait pas entendu les plaidoiries finales — le seul vice qu'un tribunal ne pouvait ignorer.
Les entreprises ont combattu sur le terrain de la compétence et de la procédure plutôt que sur le fond, et la stratégie a fonctionné : dépôts restitués, sanction annulée, et le fond jamais définitivement tranché.
La leçon
Une entente menée via votre propre association professionnelle fournit au régulateur ses preuves — procès-verbaux, réunions et prix concordants. Mais les faits seuls ne suffisent pas à gagner : celui qui saute une audience peut tout perdre.
Suites
Quatorze ans après l'ordonnance, les 6 316,59 crore ₹ n'ont jamais été payés. Le renvoi a été absorbé par les recours : le NCLAT a confirmé le quantum de la sanction en juillet 2018, les entreprises ont annoncé un recours devant la Cour suprême, et aucune décision définitive sur le fond n'a clos l'affaire. Entre-temps, les pratiques ont refait surface — des plaintes pour entente sur le ciment gris en 2019 ont donné lieu à une nouvelle enquête de la CCI avec des perquisitions chez les producteurs en décembre 2020 ; l'association des constructeurs est devenue partie à part entière en juillet 2023 malgré les objections d'UltraTech, que la Haute Cour de Delhi a rejetées le 7 septembre 2026.
VÉRIFIEZ LES SOURCES
Les sources
- Cement companies get a reprieve as Tribunal quashes CCI penalty The Hindu BusinessLine · thehindubusinessline.com ·
- Tribunal directs 10 cement firms to deposit Rs 630 cr Free Press Journal · freepressjournal.in
- Top 11 cement makers face Rs 6,300 crore CCI penalty Livemint · livemint.com ·
- NCLAT dismisses cement makers' plea against Rs 6,300 crore CCI penalty for cartelisation ET Realty · realty.economictimes.indiatimes.com ·
- UltraTech Cement vs CCI: What Is the Cement Cartel Case All About? Trade Brains · tradebrains.in ·